Plan rapproché vertical, cadrage frontal. Un homme, vu à hauteur de regard, lève la main droite lourdement bandée, trois doigts dressés, les deux autres repliés. Le bandage épais, blanc, couvre entièrement la paume et le poignet. Entre ses lèvres, une cigarette allumée, la braise visible à l’extrémité, penche légèrement vers la droite. Il porte un sweat à capuche bleu turquoise sur une chemise rouge à motifs clairs. Le visage, encadré d’une barbe courte, présente des cernes marqués et une expression fatiguée. La lumière, diffuse, provient d’une source latérale gauche, adoucissant les reliefs. L’arrière-plan neutre, beige, laisse apparaître une ampoule au mur. Le grain prononcé et la légère déformation optique indiquent un appareil mobile, probablement un smartphone. Le cadrage centré et la faible profondeur de champ concentrent la lecture sur la main et le visage, dans un espace domestique sobre.
Nous observons que la photographie procède d’un geste direct, sans intermédiaire technique visible, typique de l’autoportrait mobile. Le bras blessé, levé au premier plan, devient signe et surface, tandis que le regard fixe, cerné, manifeste la fatigue plus que la pose. L’allumage de la cigarette, malgré le bandage, introduit une contradiction entre immobilité contrainte et autonomie persistante. Le grain numérique, la colorimétrie approximative et le léger flou d’arrière-plan situent l’image dans la génération des capteurs intégrés aux premiers smartphones, utilisés pour l’envoi instantané plutôt que pour l’archivage. Le fond neutre et l’éclairage diffus orientent vers un intérieur ordinaire, sans mise en scène. L’intention paraît double : témoigner d’un état physique (la blessure) et maintenir un lien visuel, possiblement adressé. L’image relève d’une pratique communicationnelle du début du XXIᵉ siècle, où le dispositif photographique se confond avec le geste quotidien, transformant l’autoportrait en message.